Ces jours-ci paraît en librairie le Vocabulaire critique de l'intelligence artificielle, projet dont j'ai assuré la coordination scientifique et déjà disponible à la commande en ligne (Hermann, 2025). Il s'agit d'une entreprise éditoriale ambitieuse : 28 autrices et auteurs se réunissent dans 34 interventions relativement courtes (environ 10 pages), à la fois informatives et au ton personnel, pour un total de 398 pages. Ces contributrices et contributeurs sont des spécialistes de diverses sciences humaines et sociales qui sans être expert.es en informatique sont très familiers des développements de cette discipline, et leur propos atteste de deux vérités : il démontre d'abord que ce qu'on appelle "intelligence artificielle" correspond aujourd'hui à un phénomène qui ne relève pas uniquement de la technologie ni de l'économie de l'innovation. Ensuite, les disciplines qui s'expriment par leur intermédiaire sont la philosophie, la psychologie, la sociologie, les études juridiques, l'économie, les sciences de l’information et de la communication et les sciences de gestion : ce qui indique à quel point l'interaction des savoirs constitue un apport précieux sur ce phénomène complexe, multiforme et pour cela perturbant, non moins que pour ses effets sur les manières de vivre.
Le volume se présente comme un dictionnaire encyclopédique de taille réduite : il s'agit de définir les termes avec lesquels on évoque l'intelligence artificielle, de sa conception à ses usages. Ces termes sont souvent peu définis et encore mois analysés ou réfléchis - à commencer par l'expression d''intelligence artificielle", ambiguë dès son apparition et nécessairement malencontreuse en français. L'ouvrage vise à les définir, ce qui permet de les transformer en catégories intellectuelles (ou concepts). Cette transformation s'opère à travers l'apport maitrisé de la littérature scientifique internationale sur la thématique traitée par les auteurs - "apport maitrisé" car cette littérature est normalement pléthorique (pour qui en douterait, l'académie fait son travail - et en son sein les sciences sociales et humaines ne sont pas en reste depuis une vingtaine d'année !). Chaque entrée du volume entend doser l'apport de littérature académique nécessaire pour que chaque lecteurs, ainsi mis à niveau, puisse ensuite se faire soi-même son idée.
Ainsi se comprend la finalité de ce projet : l'émergence et surtout la diffusion massive des systèmes d'algorithmes dans la plupart des sphères de l'existence humaine a fait exploser le jugement critique. Plus personne, s'il n'est quelque peu informé, ne peut juger si tel ou tel développement de l'IA est bon ou mauvais. Situation fâcheuse, qui vulnérabilise les citoyens et les citoyen.es - à l'époque où les gouvernements aussi bien que les directions des entreprises parlent d'intelligence artificielle "d'intérêt général" (mais sans jamais définir cette expression). Ce vocabulaire contribue à refonder le jugement critique des lecteurs afin qu'ils puissent par eux-mêmes évaluer si tel ou tel développement de l'IA est réellement d'intérêt général.
Afin de permettre une meilleure appropriation du volume, nous vous donnons rendez-vous mercredi, 10 décembre 2025, pour le séminaire éditorial en ligne : en continu, de 9 à 18 h, les contributrices et contributeurs se succéderont pour expliquer leur propos. Entrée libre sans inscription et possible à toute heure, aux identifiants de connexion indiqués sous le programme :
PROGRAMME
9 h : mot de bienvenue et introduction par Th. Ménissier
9 h 10 : Arthur Cohen (PDG des éditions Hermann) sur le projet éditorial
9 h 25 : Thierry Ménissier : présentation de l’entrée Socialité
9 h 40 : Marius Bertolucci : Etat
9 h 55 : Antoinette Rouvroy : Réalisme algorithmique
10 h 10 : Alya Hafsaoui : Justice algorithmique
10 h 25 : Akegnan Yannick Ahonzo & Magali Drevet : Surveillance
10 h 40 : Antonin Chaplet : Milieu
10 h 55 : Emmanuel Monfort : Stupidité artificielle
11 h 10 : Fabienne Martin-Juchat : Sensibilité
11 h 25 : Agnès Helme-Guizon : Valeur
11 h 40 : Thierry Ménissier : Pouvoir
12 h : pause déjeuner
14 h : mot de reprise par T. Ménissier
14 h 05 : Alessandro Arienzo : Gouvernance
14 h 20 : Thierry Ménissier : Guerre
14 h 35 : Éric Pardoux : Système
14 h 50 : Éric Pardoux & Louis Devillaine : Idéologie
15 h 05 : Louis Devillaine, Chloé Bonifas, Ambre Davat et Léa Chauvière : Coûts
15 h 20 : Louis Devillaine, Chloé Bonifas : Travail
15 h 35 : Dakota Root : Interaction humain-robot
15 h 50 : Ambre Davat : Genre(s)
16 h 05 : Ambre Davat : Biais
16 h 20 : Flavie Chevallier : Compréhension
16 h 35 : Thierry Ménissier : Ethique
16 h 50 : Louis Devillaine : Industrie
17 h 05 : Sidonie Salomé : Agents conversationnels
17 h 20 : Alain Létourneau : Besoins énergétiques
17 h 35 : Serge Slama : Droits et liberté fondamentaux
17 h 50 : Sophie Guicherd : contrôle humain et régulation juridique
18 h 05 : Propos conclusifsIDENTIFIANTS DE CONNEXION
https://grenoble-inp.zoom.us/j/4743811375
ID de réunion: 474 381 1375
Code secret: 698063
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